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Comment se préparer à accueillir la douleur lors d’un accouchement physiologique ?

octobre 3rd, 2018 Posted by Non classé 0 comments on “Comment se préparer à accueillir la douleur lors d’un accouchement physiologique ?”

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Grâce à Enchantement, je suis au contact de beaucoup de futures mamans qui s’orientent vers un accouchement qu’elles souhaitent le plus physiologique possible. Dans nos échanges, chaque fois, la question qui revient en premier et le plus fort, c’est celle de la douleur. Comment me préparer à « gérer » la douleur ? Est-ce que je vais y arriver ? Comment ne pas « craquer » ? Voici quelques pistes de réponses…

 

1. S’informer, connaître le déroulé physiologique d’un accouchement

 

Lorsqu’on accouche de façon non médicalisée, on rend au corps toutes ses capacités, on lui fait confiance et on s’abandonne à sa sagesse. Le corps sait ! Il a toutes les clés, il active les bonnes hormones au bon moment, il choisit les bonnes positions pour faire progresser le bébé. Seulement voilà, il n’est pas facile pour notre mental de lâcher prise et de suivre notre corps sans poser de question. Et pourtant c’est bien ça qu’on fait lorsqu’on accouche physiologiquement. Alors pour aider notre mental d’occidentales en besoin de contrôle, la bonne première chose à faire, c’est se renseigner : connaître les hormones et leur rôle, qu’est-ce qui facilite en allant dans le sens des hormones, qu’est-ce qui freine le processus, regarder comment un bébé passe dans un bassin, quelles positions en facilitent la descente, connaître les différents « cas » spécifiques comme l’accouchement par les reins, comment les identifier et quelles types de solution peuvent apporter du bien-être, etc. Savoir intellectuellement « tout » ce qui peut se passer lors un accouchement, pour qu’au moment où ça nous arrive, on puisse reconnaître, identifier d’abord avec notre mental et alors avoir la capacité de dire « ah oui je vois, c’est ça, ok alors je fais confiance, je plonge, j’oublie tout et je suis le mouvement ». Apprendre pour mieux lâcher prise !

Pour aller plus loin : l’ouvrage de Maïtié Trélaun, J’accouche bientôt et que faire de la douleur, propose cette description précise du déroulé d’un accouchement dans la physiologie. PS : ce point peut également permettre aux mamans qui vont accoucher dans un environnement peu « favorable » à laisser la physiologie se dérouler sereinement, de pouvoir aménager (baisser la lumière, mettre de la musique, apporter son propre matériel) mais aussi de pouvoir faire des demandes précises au personnel accompagnant (rédaction d’un « projet de naissance »).

 

2. Préparer sa « boîte à outils »

 

Dans le prolongement de l’information, on pense souvent ensuite à la préparation : acquérir des techniques pour « gérer » la douleur, le moment venu, et elles sont nombreuses ! Hypnonaissance, chant prénatal, technique naître enchantée, méthode Bonapace, haptonomie, méthode de Gasquet pour les positions et la respiration, sophrologie, rituels et mantras, eau chaude, massages, stimulation des tétons et du clitoris, huiles essentielles, homéopathie, accessoires (liane, banc de naissance, ballon, baignoire). Il peut sembler difficile de faire un choix ou de savoir par où commencer. En fait, toutes ces techniques vont former notre boîte à outils. Certaines nous permettront de cheminer pendant la grossesse, certaines autres nous seront utiles au moment de l’accouchement. En se laissant guider par son intuition, on pratique souvent ce dont on a besoin pendant la grossesse pour arriver bien « outillée » le jour J. A condition de garder en tête que ce ne sont que des outils et que pendant l’accouchement, c’est notre corps qui va instinctivement se saisir de l’un ou l’autre en fonction de ce dont il a besoin. Dans la même démarche que le point précédent, ce sont des aides pour nous permettre de lâcher prise et de plonger au cœur de l’expérience.

Pour aller plus loin : les sites présentant les différentes techniques, les copines ou connaissances qui ont pratiqué telle ou telle technique, se laisser porter par son feeling quand on recherche son accompagnant, sa sage-femme.

 

3. Lecture de récits d’accouchement et visionnage de scènes d’accouchement

 

Ce sont les petits derniers de la série « les bons outils pour bien préparer mon mental et lâcher prise » (avant de passer aux choses sérieuses). Lire des récits d’accouchement est d’abord intéressant parce que cela permet d’apprendre que tous les cas de figure existent : travail fastidieux et poussée rapide, travail fluide et poussée longue et intense, phase de désespérance désespérée ou transition apaisée et sans contraction, décontraction-siestes-travail allongée, musique-tonicité-travail en dansant, début d’accouchement par les reins, accouchement extrêmement long, blocages psychologiques variés qui font « stagner » le travail qui peut ensuite se dénouer et avancer très rapidement quand l’élément bloquant est identifié, rupture de la poche des eaux au tout début – au milieu – pas du tout (bébés naissant dans leur poche), urgence médicale menant à une césarienne, orgasme au moment du passage du bébé dans le vagin,… Quand on se rend compte qu’il y a 1001 façons d’accoucher, que d’une femme à l’autre, que d’un enfant à l’autre, tout peut arriver, tout peut changer, alors on « ouvre » sa perception et son imaginaire et on peut ainsi plus facilement accueillir tout ce qui adviendra le moment venu. Le visionnage de scènes spécifiques peut aussi être intéressant pour guérir une peur par exemple. L’une des peurs principales est celle d’être « déchirée » au moment du passage du bébé, il existe aujourd’hui sur internet des centaines de vidéos qui montrent la tête du bébé sortir du vagin de la mère, la première fois qu’on en voit une, on a une sorte de frisson qui nous parcourt et on se dit : c’est sûr que ça va m’arriver à moi ça ? On peut même se trouver à détourner les yeux, à ne pas pouvoir regarder. Alors on recommence, et à force d’en voir, on finit par ancrer la croyance en nous : oui c’est possible, oui ça passe, et oui c’est même beau (cf. symbolique du « couronnement » ou crowning en anglais), et oui pour certaines femmes ça n’a même pas l’air de faire mal ! Regarder des images de femmes qui accouchent, c’est aussi se rendre compte du caractère « animal » de l’expérience, positionnement, mouvements, sons émis, et ainsi accueillir lorsque cela nous arrive ensuite, ne pas être dans la retenue ou dans la honte, se sentir belle et puissante en train de gémir à quatre pattes sur une table d’accouchement !

Pour aller plus loin : les récits d’accouchement dans la première partie du livre « le guide de la naissance naturelle » d’Ina May Gaskin sont vraiment géniaux. Sur Instagram, plusieurs comptes partagent de nombreuses vidéos d’accouchement (@tesoromaspreciado, @stopcensoringmotherhood, @empoweredbirthproject par exemple). Evidemment, également, le film Enchantement pour voir un exemple d’accouchement physio de bout en bout.

 

Bon maintenant qu’on a le mental bien préparé, qu’on a fait le tour de la question « avant », on arrive au moment de l’accouchement et on découvre les premières sensations. Voici ce que je peux en dire, en me basant sur mes deux propres accouchements et sur les très nombreux échanges et récits que m’ont fait d’autres mamans :

 

4. Changer sa vision de la douleur : passer de la peur à la joie d’accoucher

 

La toute première étape, c’est de se faire amie avec cette fameuse douleur. A quoi sert-elle finalement ? On pourrait se le demander, certaines mêmes ressentent de l’injustice et de la colère : pourquoi est-ce que ça doit faire mal alors que c’est le moment le plus fort de notre vie où on accueille un nouvel être dans notre famille et sur cette planète ? Et dans le prolongement, on peut s’interroger : puisqu’on a les moyens aujourd’hui de ne pas ressentir la douleur, pourquoi se l’infliger ? (Et la question nous taraude toujours à un moment donné lorsqu’on perd un peu pied, et qu’on est à l’hôpital et à portée de péridurale : mais pourquoi donc j’ai eu envie de vivre ça exactement ?). Le premier élément de réponse à bien intégrer pour en finir avec cet éternel questionnement qui nous obsède un peu tout au long de notre grossesse et jusqu’en plein milieu de notre accouchement : la douleur est notre amie, la douleur nous aide, la douleur nous ancre, la douleur est utile, la douleur a un sens. Non ce n’est pas une anomalie de la nature, toute cette intensité a un sens, elle nous permet de nous focaliser entièrement sur ce qu’on est en train de vivre, elle nous permet d’être pleinement centrée et connectée à notre corps et à notre bébé, c’est elle qui déconnecte notre mental (pas le temps de penser !) et qui nous reconnecte à notre instinct. Elle est une sorte de guide, elle est un passeur, entre le monde rationnel de tous les jours, et l’entre-deux-mondes où l’on s’en va chercher notre bébé. La « douleur » (oui je commence à utiliser des guillemets et bientôt elle ne s’appellera même plus comme ça) est notre alliée, cessons d’en avoir peur, remercions-la, célébrons-la, rions de la sentir nous traverser.

Pour aller plus loin : un petit élément de réflexion, que je pose là comme ça : une fois, j’ai vu dans un épisode de Baby Boom sur TF1, une femme en train d’accoucher sous péridurale qui était ravie d’enfin ne plus « rien sentir » et qui du coup en profitait pour passer un agréable moment avec son conjoint et sa sage-femme pendant que ça « se faisait tout seul ». Ils avaient une discussion lambda sur leur dernier de repas de la veille et ce que la copine de la sœur de machin chouette y avait raconté. La naissance de notre enfant, c’est son acte originel, le moment où il s’incarne, une sorte d’intention fondamentale pour sa vie, a-t-on vraiment envie à ce moment-là de ne « rien sentir », que ça « se fasse tout seul », c’est-à-dire sans nous, et de penser à la copine de la sœur de machin chouette ? La question n’est en fait pas celle de la péridurale qui peut être très utile dans certains cas, mais bien de notre présence. La douleur / l’intensité nous aide à rester présents à ce qu’on est en train de vivre : la naissance de notre enfant.

 

5. Démystifier la douleur : être prête à ne pas la ressentir

 

Là on commence à rentrer dans le vif du sujet. Maintenant qu’on sait qu’elle est notre amie, on peut entamer un dialogue avec elle, la regarder en face sans chercher à tout prix à la « supprimer », ni même à l’atténuer ou la gérer, juste la vivre pleinement, l’embrasser, plonger à l’intérieur d’elle et voir ce qu’elle a à nous apprendre. La douleur est une perception, en tant que telle, elle n’existe tout simplement pas. C’est la crispation et la peur qui la font émerger, tout est une question de ressenti. Dans mon vécu, il y a comme 3 paliers dans le vécu de la douleur.

 

-> Le premier niveau est la souffrance: non seulement on a mal, mais on vit mal le fait d’avoir mal, on perd pied, on souffre. Ce niveau-là n’a pas sa place dans un accouchement, c’est une sorte de ligne rouge : si je ressens de la souffrance pendant mon accouchement c’est que quelque chose ne va pas, il faut trouver quoi. Peut-être changer de position, peut-être exprimer une peur, peut-être ça fait trop longtemps, peut-être mon bébé est positionné d’une façon qui m’appuie sur certains endroits précis et amplifie la douleur. Lorsqu’on passe un cap dans l’intensité de l’accouchement, il est fréquent qu’on entre à ce moment-là en souffrance, on est surprise par la puissance nouvelle de ce qu’on ressent et l’espace de quelques instants, on prend peur, on perd un peu son fil et on entre en souffrance. Si ça ne dure que 2/3 contractions, qu’on trouve un nouveau rythme ou une nouvelle position, qu’on s’adapte, on ne reste pas dans cet état de souffrance. Si ça dure, alors « alerte », c’est que quelque chose ne va pas, il faut impulser un changement, trouver ce qu’on ne supporte plus et se proposer autre chose. Cet état de souffrance ne doit jamais être que très temporaire et peut tout à fait être totalement absent d’un accouchement.

-> Le deuxième niveau, c’est le niveau commun dans lequel la plupart des femmes accouchent, c’est la douleur, venant avec tout l’arsenal de techniques pour la « gérer ». Et en effet, les sensations d’un accouchement sont d’une telle intensité que cela provoque en premier lieu une surprise, une peur et une perte de repères telles qu’on vit cette douleur, elle nous prend toute entière et nous traverse de part en part à chaque contraction. La clé pour bien vivre cette douleur est donc de l’accueillir, pleinement, de lui faire une place, de cesser de lutter et de s’abandonner à elle. Souvent, en lui donnant un sens : « merci à toi de m’aider à m’ouvrir pour accueillir mon bébé ». A chaque vague, on se rappelle le but supérieur de cette expérience, faire venir au monde notre enfant et alors on commence à amadouer la douleur. Seulement cette douleur revient, elle revient inlassablement et au début de chaque contraction, il est franchement difficile de ne pas se dire « oh non pas encore une » et ainsi de ne pas opposer de résistance. Et pourtant ! Si on dit inconditionnellement OUI, alors toute l’expérience peut se transformer et passer au cap supérieur…

-> Le troisième niveau, c’est la simple intensité. C’est le moment où la « douleur » est là mais n’est plus là, elle est là mais elle est comme non pertinente, anecdotique. Oui c’est intense, oui ça prend tout notre corps avec une force qu’on n’avait jamais expérimentée auparavant, mais non ça ne fait pas mal, ça ne fait plus mal parce qu’on n’oppose plus aucune résistance. C’est cet état très spécial qui nous fait entrer dans une sorte de transe, un état de « conscience modifiée » où l’on est à la fois présente et pas vraiment là. Pour ma part, j’ai ressenti cette fluidité pendant une partie de mon premier accouchement (la fin de la dilatation) et pendant quasiment tout mon second accouchement. Je me suis principalement aidée de mantras, je me répétais notamment la phrase suivante « ce n’est pas de la douleur, c’est de l’amour » qui me permettait de garder contact avec cette volonté sans faille de m’abandonner à ce que je vivais. Les vibrations sonores m’ont beaucoup aidée également. Alors certes, il y a une part de technique, une part de mental, mais en vérité, c’est le corps qui choisit, il utilise tous les artifices dont il a besoin pour nous aider à plonger dans l’intensité sans réserve et si on se laisse guider, on fait simplement ce qui nous est dit de faire et ça se fait tout seul. Il y a un moment où on lâche et on se laisse entraîner par la force de la vie, et alors il n’y a plus rien à faire.

Pour aller plus loin : il existe en eutonie un exercice très intéressant qui consiste à ressentir une douleur croissante à l’aide d’une balle de tennis le long de la jambe et qui peut permettre un entraînement intéressant à ce chemin vers le lâcher prise. Mais au-delà de cet exercice spécifique, on peut chaque jour s’entraîner à dire OUI quand on a envie de dire non. Chaque fois que l’on dit OUI à ce que l’on est en train de vivre, il est surprenant de voir à quel point on ressent un apaisement immédiat, une vague de bien-être… quelle que soit la difficulté de la situation initiale. C’est pour moi le meilleur exercice de préparation à l’accouchement qui soit.

 

6. Dépasser la question de la douleur pour se concentrer sur le reste, sur tous les possibles

 

Une fois « résolue » cette question de la douleur, au sens où l’on arrête de focaliser notre attention dessus, on peut alors reporter notre conscience sur ce qui se passe vraiment à l’intérieur de nous, et c’est là que l’expérience prend tout son sens. On peut s’observer, s’accueillir dans toute sa puissance et sa vulnérabilité à la fois. On peut dialoguer avec son enfant, l’inviter à nous rejoindre et être pleinement présente pour l’accompagner vers son incarnation. On peut même « voir » la vie en train de se réaliser et c’est si merveilleux que ça reste ensuite gravé en nous, en nous donnant une confiance illimitée dans la vie.

Pour aller plus loin : avez-vous déjà entendu parler d’accouchement orgasmique ? Ce serait en quelque sorte le niveau ultime ! Non seulement on n’a plus mal mais on prend du plaisir, il y a toujours cette notion d’accueil des sensations qui permet le lâcher prise mais bien au-delà je crois qu’il y a un travail de changement de perspectives à opérer. Cf. le merveilleux article « la mère et la putain dans la salle d’accouchement » de Marie-Hélène Lahaye sur son blog, Marie accouche là.

 

Voilà déjà de bonnes bases pour aborder cette question de la douleur. Avouez que ça donne déjà plus envie d’accoucher ? Ou au moins qu’un petit verrou du type « oh mon dieu ça risque d’être horrible » commence à céder ? Si je ne vous ai pas encore perdue à ce moment de la lecture, vous êtes probablement en train de vous demander : mais comment je peux savoir si je vais arriver à lâcher prise pour plonger dans l’expérience moi aussi ? Trois derniers points ici pour vous proposer un chemin d’apprentissage pour votre fin de grossesse :

 

7. Utiliser la visualisation positive à la fois pour se créer une sorte d’entraînement mental mais aussi pour identifier les peurs et blocages et les remplacer par des croyances positives

 

Un premier exercice intéressant à pratiquer à volonté est de se visualiser en train d’accoucher… de bout en bout. C’est une technique qu’on retrouve dans beaucoup de méthodes thérapeutiques et de développement personnel et qu’il est possible et utile d’utiliser pour se préparer à l’accouchement. Prendre l’habitude de prendre un temps pour soi régulièrement et d’imaginer son accouchement « de rêve », comment ça commence, combien de temps ça dure, où est-ce qu’on est, qui est avec nous, etc. En faisant cela, souvent, on commence par en venir à ce qu’on ne veut pas justement. On se dit « ah surtout pas un travail long », ou « ah surtout pas dans la voiture » et alors il est intéressant d’accueillir ces peurs pour pouvoir les laisser partir ensuite et ancrer profondément en soi la possibilité que ça se passe autrement que justement comme on en a peur. C’est là que la répétition de l’exercice à plusieurs reprises permet de faire évoluer notre « scène » et de lever les blocages les uns après les autres. Certaines auront envie de le faire tout au long de la grossesse, d’autres seulement à la fin. Quoi qu’il en soit, c’est un exercice très gratifiant qui apporte beaucoup de sérénité. Les deux phrases que j’ai le plus entendues venant de mères à propos de leur accouchement sont : « ça c’est exactement passé comme j’en avais tellement peur, le scénario catastrophe que je craignais » et « ça s’est exactement passé comme je l’imaginais, le scénario le plus merveilleux possible ». Le mental a un tel pouvoir, autant lui montrer le bon chemin, non ?

Pour aller plus loin : si vous sentez que l’exercice vous fait du bien mais qu’il faut aller plus loin, peut-être consulter un/e thérapeute en hypnose pour aller visiter ensemble les mémoires que vous avez là quelque part et qui ne vous appartiennent pas forcément et que vous ne souhaitez pas emmener avec vous jusque dans la salle d’accouchement.

 

8. Vivre dans l’instant présent pour se préparer à passer les paliers

 

Au cours d’un accouchement, il y a une règle fondamentale à laquelle toujours, toujours se ramener, et qui est : vivre pleinement la phase actuelle, le moment présent, sans penser à la suite. La pensée la plus douloureuse pour une femme qui accouche, est certainement la fameuse « si ça fait mal comme ça maintenant, qu’est-ce que ça va être après ? ». Or, il n’y a aucune règle dans la progression d’un accouchement ni dans le ressenti de chacune des phases. Pour l’anecdote, le moment le plus douloureux et le plus difficile de mes deux accouchements réunis fut une demi-heure de monitoring (allongée dans la contrainte) au tout début du travail actif de dilatation du col pour mon premier accouchement. J’ai complètement perdu pied, perdu la connexion avec moi-même, le monitoring indiquait que j’étais censée avoir mal, je ne pouvais plus bouger pour accueillir les vagues dans mon corps, alors j’ai eu mal, j’ai eu peur et j’ai commencé à penser de façon obsessive à la péridurale (cercle vicieux qui s’autoalimente à loisir). Au moment de me relever, j’ai cru que je n’y arriverais tout simplement pas, la sage-femme m’a encouragée et puis une autre personne a eu un rôle clé en me disant une parole (pas très agréable d’ailleurs) qui m’a tellement secouée que ça m’a recentrée. A partir de là, je n’ai presque plus eu « mal » de tout le reste de mon accouchement… Cette petite histoire pour dire (que beaucoup d’autres femmes connaissent avec leur variation personnelle) : l’accouchement est un training accéléré pour apprendre à vivre dans l’instant présent, et cesser définitivement toute forme d’anticipation avec le mental. A l’inverse des visualisations dans le point précédent, on n’est pas dans le fait de poser une intention positive pour le futur, on est seulement dans la projection erratique de nos peurs. Il est donc intéressant d’apprendre à se défaire de ce réflexe du mental au cours de la grossesse, et ce ne sont pas les occasions qui manquent ! On passe beaucoup de temps pendant la grossesse à anticiper les problèmes à venir (et si je fais une fausse couche ? et si je dépasse mon terme ? et si j’ai mal au dos maintenant comme ça, qu’est-ce que ce sera avec mon gros ventre ?). Prendre le temps d’identifier ces pensées, d’accueillir les émotions qu’elles provoquent, puis de se ramener à l’essentiel : qu’est-ce que je vis maintenant avec mon bébé ? Est une excellente habitude à prendre et très formatrice pour vivre sereinement son accouchement. En effet, l’intensité d’un accouchement se caractérise par une sorte de montée en puissance en escalier, avec des paliers. A chaque nouvelle étape de l’accouchement, il y a une sorte de cap à passer, alors qu’on était bien, qu’on avait trouvé un rythme, qu’on se sentait bien en puissance, on se trouve surprise par une vague d’une nouvelle nature, plus profonde, plus puissante. Ces moments-là sont les plus délicats car ce sont ceux où le mental se réactive, où on a peur à nouveau, où on se projette à nouveau. Et en plus, il y en a vraiment beaucoup des paliers comme ça dans tout le process, à chaque fois on se dit « ça y est là je suis au max » et à chaque fois on se surprend à se dépasser encore, à aller encore plus loin. Mais si on pense dès le départ à comment ce sera au bout du chemin, on se limite et on se bloque. Le plus, on accueille les nouvelles sensations, le plus on dit OUI à cette nouvelle étape qu’on est en train de franchir, le plus elle est efficace, permet à notre bébé de progresser et nous fait passer à la suivante. Avec toujours la même recette : je dis oui à ce que je vis MAINTENANT.

Pour aller plus loin : pratiquer la pleine conscience (en mangeant, en marchant, en méditant aussi évidemment). Il y a beaucoup d’applications qui proposent des méditations guidées, notamment pendant la grossesse (Expectful si l’anglais ne vous dérange pas). Sinon le livre « Méditer jour après jour » de Christophe André, reste une référence.

 

9. Développer sa confiance : en soi, en son bébé, en la vie

 

Tout ce déroulé pour en arriver au point le plus important et le plus fondamental qui sous-tend tous les autres : la confiance dans la vie. Pourquoi a-t-on peur ? Pourquoi a-t-on mal ? Parce qu’on se tend, on se bloque, face au grand inconnu. On ne maîtrise ni le déroulé, ni l’issue d’un accouchement. Tout comme la mort, la naissance est un passage, d’un monde vers l’autre. Quelles que soient nos croyances concernant le monde qu’on ne connaît pas, on est obligé d’accepter qu’on ne sait pas justement ! Laisser la vie s’exprimer, lui faire confiance pour qu’elle nous guide, accepter par avance tout ce qu’on va vivre (et aussi tout ce qu’on a déjà vécu), même lorsqu’on ne comprend pas, même lorsque ça nous semble injuste. Apprendre à lâcher face à une force qui nous dépasse. Là encore, c’est l’accouchement lui-même qui peut nous donner cette capacité d’accueil et d’acceptation. C’est d’ailleurs certainement pour cette raison que les seconds, les troisièmes, les quatrièmes accouchements sont toujours plus « conscients », parce qu’on a entamé une partie du cheminement en accouchant la première fois. Mais pour autant il est possible de s’y préparer, puisqu’on a tous (les hommes aussi, alors qu’ils n’accouchent pas !) et toutes, la capacité de développer notre confiance en la vie, notre « foi », quel que ce soit ce qu’on met derrière cette notion. En se connectant ainsi à la vie, on se connecte à nous-mêmes et on se connecte à notre enfant, au-delà des pensées, un lien puissant nous relie et nous permet de plonger ensemble dans le grand mystère. On peut pratiquer cette reliance chaque jour pendant sa grossesse. Et une bonne façon de le faire est de pratiquer des rituels, c’est-à-dire de prendre un temps, pour se poser face au grand mystère de la vie et accueillir tout ce qu’il a à nous dire à ce moment précis. Se balader en forêt, observer le mouvement des vagues, regarder la flamme d’une bougie, toutes ces petites occasions de lâcher dans le mental et de se laisser être, sans attente, sans jugement. Rien d’ésotérique là-dedans, c’est à la portée de tous et toutes de s’offrir le temps d’observer la vie en train de s’exprimer, et c’est bien tout ce qu’on a à faire au moment de la naissance de notre enfant.

Pour aller plus loin : le livre Rituels de femmes pour ré-enchanter la maternité d’Isabelle Challut, propose plusieurs rituels tout au long de la grossesse. C’est un excellent guide et c’est intéressant aussi d’oser innover, suivre son envie et créer son propre rituel sur le moment.

 

Bonus : la péridurale – oublier qu’elle existe ?

 

En 2018, dans nos sociétés occidentalisées, le corollaire de « douleur pendant l’accouchement » est « analgésie péridurale ». Comment gérer son envie de ne pas la prendre ? Et les pensées latentes permanentes du « et si je la prenais quand même » ? La péridurale, dans la très grande majorité des cas, non seulement n’est pas utile mais freine le déroulé physiologique de l’accouchement, à la fois en réduisant notre mobilité et en nous empêchant de plonger dans l’intensité puisqu’elle n’y est plus. Cependant, elle peut être très utile dans certains cas : comme un accouchement extrêmement long où la mère s’épuise, comme un accouchement « par les reins » où la douleur est beaucoup plus violente et généralisée, comme lorsqu’on subit un déclenchement par injection d’ocytocine de synthèse qui crée des contractions artificielles beaucoup plus difficiles à recevoir que les contractions graduées d’un accouchement physiologique, ou encore quand la peur de souffrir est tellement profondément ancrée que la mère se bloque complètement et alors la péridurale la libère (et il  y a certainement d’autres cas encore). Il s’agit alors de ne pas rester « rigide » si on reconnaît (ou notre accompagnant reconnaît) un cas où elle est utile et où elle pourrait nous aider. Mais dans tous les autres cas ! Quand simplement on se sent dépassée un moment mais qu’on veut garder la confiance pour aller plus loin sans avoir le mot « péridurale » en boucle dans la tête ? Et bien tout simplement, oublier qu’elle existe ! Soit en accouchant dans des conditions où elle n’est pas possible (accouchement à domicile, en maison de naissance), soit en s’auto-convainquant qu’elle n’existe pas (non ce n’est pas une blague). Une petite anecdote issue de mon vécu, lors de ma première rencontre avec un anesthésiste, il me présente tout le fonctionnement de la péridurale, puis termine son monologue sur un « vous avez des questions ? ». Alors d’une petite voix timide, je dis « ben en fait moi j’ai pas trop trop envie d’accoucher sous péridurale, mais bon ne vous inquiétez pas je ne suis pas dogmatique, si j’en ai besoin je la demanderai évidemment ». Et là il m’a répondu d’une voix placide « mais on n’en a jamais besoin, on en a seulement envie Madame ». Alors évidemment je mets quelques restrictions à ce « jamais besoin », cf. les cas évoqués précédemment, mais qu’est-ce que cette phrase m’a aidée pour mon premier accouchement ! J’en ai parlé au papa qui m’a dit : « alors on y va comme si elle n’existait pas » et il me l’a rappelé quand ça a été nécessaire, si bien que le sujet n’a pas pris plus que 5 minutes à être évacué pendant mes premières sensations fortes. Et je dis un grand merci à cet anesthésiste de m’avoir laissée libre, libre de suivre mon instinct qui m’a permis de vivre deux merveilleux accouchements en conscience.

Pour aller plus loin : il y a un chapitre intéressant dans le livre « Mettre au monde » de Patrice Van Eersel qui pose bien les termes du débat sur la péridurale et qui permet d’ancrer déjà intellectuellement son souhait de ne pas la demander et donc sa motivation pour l’oublier.

 

Et vous, quel est votre rapport à la douleur ? Comment l’appréhendez-vous ? Comment l’avez vous accueillie lors de précédents accouchements ? Avez-vous d’autres réflexions et/ou outils à partager ? N’hésitez pas à laisser un commentaire !

 

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